| Textes de référence |
Déclaration des évêques de Belgique - Octobre 2003
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Il y a un an, l’enseignement catholique dans les Communautés
francophone et germanophone a organisé un grand Congrès.
Celui-ci a abordé avec lucidité et sentiment de
responsabilité, les grandes préoccupations actuelles de
l'école en général et de l’école catholique en particulier.
Les travaux se poursuivront et doivent encore porter leurs
fruits. Par cette lettre, les évêques veulent manifester
tout leur intérêt pour la grande oeuvre d’éducation de la
société par l’école et singulièrement pour la part qu’en
assume l’école catholique. Ils le partagent avec elle. Ils
veulent soutenir et encourager partout ceux qui sont actifs
dans la tâche éducative et parmi eux les chrétiens où qu’ils
travaillent.
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L'école doit faire face à de grandes attentes de la part de
la société et des parents. Certaines concernent un
enseignement de qualité assurant à tous les enfants, égaux
en dignité et en droit, une bonne formation intellectuelle
en vue des études ultérieures ou de la vie professionnelle.
Il y a aussi, à l'heure actuelle, une attente de plus en
plus affirmée qui vise la formation humaine, l'éducation,
l'initiation à la vie sociale et citoyenne. Cette attente
est aussi adressée aux autres instances d’éducation dans la
société. L’école n’est pas toute seule à être sollicitée.
Ainsi les parents connaissent et partagent avec l’école la
difficulté d’éduquer.
L’école, comme d’autres institutions dans la société est en
quête de sens. L’éducation ne peut remplir sa tâche
d’épanouissement personnel de l’élève sans lui donner une
dimension humaniste et sociale. On ne devient pas un être
vraiment humain sans repères éthiques concernant l'amour de
soi et l'amour des autres, et sans référence à la tradition
et au patrimoine de ceux qui nous ont précédés.
D’autre part, l'école engage la responsabilité des autorités
publiques. Si nous voulons que l'école ne soit pas dominée
par le rêve de la richesse et de la puissance, et qu'elle
reste un service public sans être inféodée à la loi du
marché, les pouvoirs politiques doivent, à l’abri des
pressions utilitaristes, en assurer l’indépendance et les
conditions d’existence.
C'est dans ce contexte que l'école est appelée à oeuvrer et
tenue de remplir ses missions. Il lui importe de relever les
défis sans vouloir plus que ce qu’elle peut.
La tâche des membres de toutes les Communautés éducatives
est devenue à la fois difficile et capitale pour l'avenir
des enfants et des jeunes. Ceux qui assurent cette tâche
méritent vraiment notre soutien et notre encouragement.

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Au contexte qui vient d’être évoqué, s'ajoute une situation
particulière à la Belgique. Comme dans beaucoup de pays, il
y a chez nous des écoles organisées par les pouvoirs publics
et des écoles organisées grâce à des initiatives privées ou
par des associations de citoyens.
La Constitution Belge, en garantissant la liberté
d’enseignement, autorise la pluralité des réseaux. Le Pacte
scolaire de 1959 a confirmé cette situation. Rares sont les
pays où le réseau d’écoles catholiques accueille un
pourcentage aussi important d’élèves et d’étudiants que dans
notre pays. Cela lui donne des responsabilités
particulières. Les parents font ce choix pour des motifs
variés, pas toujours énoncés clairement. Ils savent ce
qu’ils font et leur choix mérite respect.
Heureusement, les conflits et rivalités idéologiques de
notre histoire scolaire sont aujourd’hui dépassés. Une
nouvelle atmosphère et un sentiment de respect et de
considération mutuels semblent s’installer. On ne peut que
se réjouir de cette reconnaissance mutuelle des services
rendus dans les différents réseaux, notamment dans les
Communautés française et germanophone. Ainsi, les écoles
catholiques participent du service public d'enseignement et
d'éducation.

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Comme toute école organisée ou subventionnée par les
pouvoirs publics, l'école catholique veut être au service
des enfants et des jeunes. Elle veut répondre au droit de la
société, des élèves et des parents à un enseignement et une
éducation qui favorisent le développement de la personne et
du citoyen ainsi que l’émancipation sociale de tous. Ce
service, elle veut le réaliser, comme d’autres, grâce à un
enseignement et une éducation de qualité. Nous sommes
convaincus que l'éducation au sens des responsabilités n'est
possible que grâce à une confrontation avec des valeurs
éthiques et à une réflexion sur le sens de l'être et de
l'agir humains. A cette fin, l'école catholique met en
oeuvre pour les élèves et les parents les ressources de sens
de la Tradition chrétienne et le patrimoine de valeurs que
l’Évangile met en lumière.
Elle veut aider les jeunes à se faire une conviction
personnelle, à se construire une hiérarchie de valeurs et
ainsi à se situer dans notre monde pluraliste avec sa
diversité d’attraits et de propositions.

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L'existence de plusieurs réseaux d'enseignement dans notre
pays oblige pour sa part le réseau d’enseignement catholique
à se situer par rapport aux autres. Il doit, lui aussi, se
poser la question : Qui sommes-nous ? A quoi sommes-nous
appelés ? Quelle est la nature propre du service que nous
rendons ? Bref, on n'échappe pas à la question de l'identité
de l'école catholique. Celle-ci se pose avec d'autant plus
d'acuité que l'on constate que nos écoles catholiques sont
choisies par beaucoup de parents, mais que les parents, les
élèves et les enseignants n’ont pas tous la même relation
avec l’Eglise et la foi chrétienne. Il y a ainsi un
pluralisme interne des écoles catholiques.
Nous sommes d'avis que l'école catholique a quatre objectifs
qu’elle se propose délibérément de réaliser.
Par plusieurs voies, l’école catholique se propose de
réaliser son identité.
a) L'école catholique veut être un lieu
d’enseignement et d’éducation de qualité pour ses élèves.
Cela signifie essentiellement deux choses. D'une part,
l'école est un lieu d'enseignement. Les enseignants y sont
soucieux de la qualité de leurs cours. Ainsi, ils rendent un
premier service important à leurs élèves et à la société.
D'autre part, l'école est un lieu d’éducation et de vie.
L'élève est là avec tout son être. Il est dès lors capital
de le rencontrer dans un climat inspiré par l'Évangile et de
créer un milieu qui permette le développement de toute la
personne. Nous pensons notamment aux enfants et aux jeunes
socialement défavorisés ou bien blessés par la vie; l'école
catholique doit être un milieu à option privilégiée pour les
faibles. L'enseignant sera dès lors accueillant,
compréhensif, patient, prêt au pardon, respectueux, plein
d'espérance.
Il peut y trouver une motivation dans la foi chrétienne.
Oui, tous ont une mission de servir à l’école, les chrétiens
le feront à l’exemple du Christ, serviteur.
L'école catholique cherchera à faire découvrir aux enfants
et aux jeunes cet esprit évangélique de service, en leur
montrant par toute sa manière de faire que servir rend libre
et fait grandir l'homme.
b) L'école catholique veut être un lieu où la foi
chrétienne s'expose à l’attention des élèves. C’est pourquoi
elle valorise le cours de religion catholique. Le cours
présentera le message chrétien, la tradition de la foi
chrétienne à tous les élèves. A mesure qu’ils grandissent,
on cherchera le dialogue et la confrontation avec d'autres
religions et convictions.
Cette confrontation n'a de sens que si les élèves
connaissent la foi chrétienne et s'ils ont appris à faire le
lien entre la foi et les questions existentielles, grâce
notamment à l'étude de la Bible. Le dialogue et la
confrontation supposent des connaissances sérieuses de la
foi chrétienne. Grâce au cours de religion, l'école
catholique souhaite finalement mettre l'élève en état de se
situer personnellement par rapport à la foi chrétienne et,
s'il le veut, de la partager.
c) Nous voulons en outre souligner l'importance de
l'indispensable témoignage et de l’ouverture des autres
disciplines aux questions de sens et de foi dans le respect
de leur autonomie propre. Nous souhaitons que beaucoup
d'enseignants dans leur activité d’enseignement soient aussi
des témoins de la foi chrétienne et des traditions
spirituelles. Un grand nombre témoigneront aussi de
l’Évangile par la qualité de leurs relations avec les élèves
et les collègues.
d) Enfin, l'école catholique veut être un lieu où est
proposé un chemin de vie. L'école catholique se doit
d'offrir à ses élèves la possibilité de découvrir et de
laisser se déployer la dimension spirituelle de leur vie.
Elle ne peut imposer la foi chrétienne comme option de vie :
la foi est toujours un acte libre. Mais l’école catholique
se fait un devoir de la proposer à la décision personnelle
des élèves. Elle invitera les élèves à se risquer dans
l'aventure de la foi, à la vivre dans l'expérience de la
prière, des célébrations sacramentelles, de l'engagement
pour autrui. Il s'agit ici de la démarche proprement
chrétienne, de l'être chrétien, de la foi personnelle en
Dieu et de l'attachement au Christ. Cette préoccupation sera
prise en charge notamment par les équipes d'animation
pastorale constituées ou à créer dans les écoles.
Les évêques remercient d'une manière particulière les
enseignants, les éducateurs, les parents et, le cas échéant,
les élèves, qui s'engagent dans ces équipes ou qui osent
affirmer tranquillement leur conviction chrétienne à
l'école. Ils tiennent à les soutenir et à souligner la
signification très importante de ce témoignage et de ce
travail pastoral.

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Nous avons voulu redire la place et la mission de l'école
catholique dans la société et dans l'Église. A nos yeux, les
écoles catholiques constituent bel et bien un service que
l'Église et les chrétiens rendent à la société.
Pendant plus de 100 ans, en Belgique, les écoles catholiques
étaient organisées par les diocèses, les congrégations
religieuses et les paroisses. De nos jours, les Pouvoirs
organisateurs de beaucoup d'écoles catholiques sont composés
de laïcs, hommes et femmes, qui animent la vie associative
chrétienne dans la société et dans l’Église. Ils désirent
continuer le projet des fondateurs dans une fidélité
créatrice. Ces chrétiens méritent notre reconnaissance, car
ils mettent en oeuvre une des missions de l'Église et des
chrétiens dans le monde. Les écoles catholiques ont vraiment
leur place dans l'Église.
Ainsi les évêques, pour ce qui les regarde, prennent à cœur
avec d’autres, la responsabilité pour la qualité humaine et
chrétienne des écoles catholiques. Ils veilleront également
à l’unité de l’enseignement catholique dans les Communautés
respectives du pays.
Ce souci a trouvé l’une de ses expressions dans la création
du Secrétariat général de l’Enseignement catholique et dans
la présence d’un Évêque délégué auprès de ses instances.

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L'école catholique veut être un projet ouvert à tous. Elle
accepte le pluralisme des publics scolaires et des équipes
éducatives, dans la mesure où ils respectent loyalement son
projet, lui donnent de la valeur et s’ouvrent les uns aux
autres.
Nous invitons les élèves, les parents, les enseignants et
les éducateurs, qui peuvent se reconnaître dans le projet et
y adhérer pour des motifs différenciés, à y collaborer,
quelles que soient leurs convictions propres.
Il est évident que, pour la mise en pratique de ce projet,
on tiendra compte de la situation particulière de chaque
école. Conscients du travail déjà accompli et confiants dans
la créativité future des équipes éducatives, nous
encourageons vivement les responsables et les acteurs à tous
les niveaux à affirmer leur volonté de relever le défi.
Avec insistance, nous souhaitons que les écoles catholiques
soient considérées et soutenues dans le champ pastoral des
paroisses, des unités ou secteurs pastoraux ou encore des
doyennés. Les contacts entre les différents lieux de
pastorale sont indispensables à l'heure actuelle pour bien
mettre en route la mission de l'Église sur un territoire
déterminé.
Nous saluons encore une fois l’engagement de toutes les
personnes qui oeuvrent dans les Pouvoirs Organisateurs, dans
les Comités scolaires, dans les associations de parents et,
bien sûr, celles qui sont engagées de manière directe dans
l'enseignement et l'éducation des enfants et des jeunes.
L'école ne vit pas une situation aisée en ce début du 21e
siècle. Pourtant elle est un lieu tellement important pour
préparer pour demain des adultes responsables qui conduisent
librement une vie digne et généreuse. Il est plus que
compréhensible que l'Église s'en préoccupe et prenne une
part active dans cette tâche. Nous sommes sûrs que le Peuple
de Dieu en est conscient et nous le remercions pour son
appui et pour sa confiance.
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+ Godfried cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles
+ Mgr André-Mutien Léonard, évêque de Namur
+ Mgr Aloys Jousten, évêque de Liège
+ Mgr Guy Harpigny, évêque de Tournai
+ Mgr Rémy Vancottem, évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles
+ Mgr Jozef De Kesel, évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles

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