Thème d'année

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Thème de cette année scolaire 2012-2013
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Une nouvelle année scolaire commence. Les vacances, durant lesquelles nous avons pu « vivre simplement » et profiter d’un temps sans souci, sont terminées. Le quotidien et la vie – qui ne sont pas toujours faciles – nous lancent un nouveau défi. Le thème choisi pour cette année scolaire, bref mais complexe, nous interpelle : « vivre simplement ».

« Vivre simplement», ce peut être un cri ou une revendication de celles et ceux qui sont privés de leurs droits à la vie et à la sécurité, de celles et ceux dont la vie se résume à un combat pour la survie. « Nous voulons simplement pouvoir vivre ! » 800 millions d’êtres humains souffrent de faim ou de malnutrition ; plus de 24.000 en meurent chaque jour. Plus de 160.000 personnes ont fui la Syrie suite à la guerre civile et ont réussi de justesse à sauver leur vie. Même s’il paraît moins dramatique vu de l’extérieur, l’exode des personnes qualifiées (par exemple d’Espagne) vers un autre pays qui leur assure un avenir meilleur n’en reste pas moins une expérience douloureuse pour les jeunes gens concernés. Notre thème d’année, « vivre simplement », est donc avant tout une promesse : celle d’entendre la voix des gens de l’ombre et de leur donner une place dans notre quotidien, celle aussi de rester attentifs – que nous soyons élèves ou enseignants – à la requête de ceux dont le droit fondamental à la vie est menacé.

« Vivre, simplement » – « Si, pour une fois, on me laissait simplement vivre (en paix !) ; si, pour une fois, on arrêtait de semer des pierres sur ma route ; si, pour une fois, tout (moi y compris) n’était pas si compliqué… » Dans ce gémissement ou cette plainte s’exprime le désir d’une vie réussie par-delà certaines limites inutiles. Si les jeunes sont particulièrement habités par de telles pensées, la question du « pouvoir simplement vivre » traverse toutes les générations ; elle maintient éveillé et vivant. Notre thème d’année prend au sérieux ce désir de vie des jeunes et pose aux adultes un double défi : ne pas faiblir dans cette recherche d’une vie épanouie et transmettre le goût et la joie de cette recherche par une attitude d’ouverture personnelle et intellectuelle. « Il doit pourtant y avoir plus que tout » écrit Heinrich Böll, donnant ainsi à cette recherche une absolue profondeur.

« Vivre simplement » – nous connaissons surtout cette phrase comme un appel ou un programme lancé par des mouvements qui prônent la critique sociale et le refus de la consommation. Il y a souvent eu de tels mouvements réformateurs – et parfois même anarchistes – au cours des siècles, et ce dans divers contextes politiques et philosophico-religieux. Aujourd’hui, on les appelle LOVOS ; cet acronyme signifie « Lifestyle Of Voluntary Simplicity ». Cette exhortation urgente à vivre plus simplement naît de la prise de conscience suivante : si nous continuons ainsi, nous allons finir par détruire les fondements de notre existence dans ce monde. Le Luxembourg arrive en tête du classement de l’empreinte écologique, c’est-à-dire de l’utilisation par personne des ressources naturelles et renouvelables. Nous utilisons ces ressources au détriment d’autres pays et des générations futures. Si tout le monde se comportait comme nous, les ressources naturelles mondiales seraient vite épuisées. C’est donc d’un véritable virage à 180 degrés qu’il est question ; en termes théologiques, on pourrait parler d’une « conversion à la vie ». En tant qu’appel à un renoncement librement consenti, « vivre simplement » est nécessaire à notre survie. En outre, la « fascination de la vie simple » (G. Scobel) se nourrit du malaise croissant causé par la constatation que de plus grosses voitures et de plus grosses maisons – bref plus d’argent – ne mènent pas au bonheur promis. Pour un pays comme le nôtre, avoir le plus gros revenu par habitant au niveau mondial n’est pas gage de bonheur : que le Luxembourg soit aussi en tête de la consommation d’alcool par habitant en Europe (en n’oubliant évidemment pas de soustraire les achats effectués par les touristes et frontaliers) laisse tout le moins pensif. En 1976, Erich Fromm décrivait déjà la menace pour l’Homme inhérente à notre société de consommation dans son œuvre programmatique « Avoir ou être ». Si nous nous définissons par notre avoir, nous nous laissons en fait berner par l’erreur des slogans publicitaires comme « Si tu as quelque chose, alors tu es quelqu’un ». Si nous nous laissons inonder par de plus en plus de choses superflues, nous cesserons un jour d’être le propriétaire de ces choses pour devenir leur esclave ; nous serons dès-lors possédés par cette envie d’avoir et perdrons toute liberté. L’humoriste Groucho (des Marxbrothers) a épinglé avec brio cette mentalité consumériste, ainsi que la protestation contre la société de consommation, dans cette formule paradoxale : « L’éboueur est là. » « Dis-lui qu’on a besoin de rien ! » On peut aussi citer le réalisateur Pasolini : « Les choses superflues rendent la vie superflue ». Pour le dire simplement : vouloir toujours plus… cette avidité nous emprisonne et détruit la base même de la vie en société, comme nous avons pu l’observer durant la crise bancaire. Renoncement et modération, par contre, rendent libres et vivants et assurent un avenir possible à chacun !

Ce que Fromm a écrit en 1976 est toujours d’actualité, mais en même temps, notre société est devenue très rapidement de plus en plus complexe, pensons par exemple à la globalisation du travail. Les différents choix qui semblent s’offrir à un individu sont devenus quasi indénombrables. Mais de ce fait, explique le psychanalyste Wolfgang Schmidbauer, grandit aussi la peur de ne pas faire le meilleur choix et de rater quelque chose dans la vie – voire même de rater sa vie. La littérature des guides pratiques remplit les étagères (et les caisses…) des librairies et la tentation est grande de confondre « vivre simplement » avec une inadmissible simplification de situations complexes. Des réponses simples à des questions difficiles passent souvent à côté de la réalité et peuvent devenir fâcheuses, si non dangereuses. Les groupements radicaux, de quelques bords que ce soit, proposent volontiers des solutions « simples » et font de la peur et de l’impuissance des gens leur fonds de commerce. À ce niveau, l’école doit remplir sa fonction essentielle d’éducation citoyenne !

D’ailleurs, l’école – notre école – peut être un lieu propice pour apprendre à « vivre simplement ». D’après moi, deux questions inséparables jouent un grand rôle dans « l’école du vivre simplement ».

La première question est : « De quoi ai-je vraiment besoin ? Qu’est-ce qui est vraiment important pour moi ? Qu’est-ce qui rend ma vie riche et précieuse ? » Avec cette question, nous apprenons à formuler des objectifs et à hiérarchiser nos besoins, nous aiguisons nos consciences et nous nous exerçons au renoncement, dont la pratique peut rendre notre vie plus riche et plus autonome.

La seconde question est : « De quoi as-tu besoin ? Qu’est-ce qui est important pour que tu puisses vivre et pour que le monde puisse survivre ? » Avec cette question, nous apprenons la nécessaire solidarité, le partage et l’humanité. En effet, « vivre simplement » n’est pas le projet d’individus isolés voulant sauver leur seule existence et augmenter leur propre confort, mais bien un commandement de justice dans lequel le bien-être d’autrui est toujours pris en compte. Un tel commandement se retrouve, entre autres, dans la tradition judéo-chrétienne.

Qu’est-ce qui peut nous inspirer et nous accompagner sur ce « chemin du vivre simplement » ? Tout d’abord, de nombreuses personnes qui ont elles-mêmes emprunté ce chemin : Buddha, Jésus, François d’Assise, Gandhi et bien d’autres hommes et femmes inconnus. La sagesse des philosophies et des religions ensuite. Prenons par exemple l’éloge du « vivre simplement » que l’on trouve dans le Sermon sur la montagne, avec d’une part cette exhortation à choisir un camp : « Nul ne peut servir deux maîtres: ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. » (Mt 6, 24), et d’autre part cet encouragement : « Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez… Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent point dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit! Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux? Et qui d'entre vous peut, par son inquiétude, prolonger tant soit peu son existence?... Cherchez d'abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné par surcroît. » (Mt 6, 25-33) Les chrétiens sont ceux qui peuvent « vivre simplement » parce qu’ils savent que l’essentiel – à savoir « la vie en abondance » (Jn 10, 10) – leur est déjà offerte.

Enfin, un bon compagnon de route peut aussi être la prière d’Antoine de Saint-Exupéry : « Seigneur, Donne-moi de sentir ce qui est essentiel et ce qui est secondaire. Donne-moi de reconnaître avec lucidité que la vie s'accompagne de difficultés, d'échecs, qui sont occasions de croître et de mûrir. Donne-moi non pas ce que je souhaite, mais ce dont j'ai besoin. Apprends-moi l'art des petits pas ! »

Christina Fabian-Heidrich
(Adaptation française: Raphaël Weickmans)

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