Thème d'année

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Thème de l'année scolaire 2011-2012
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Notre thème d’année suggère une attitude face à nous-mêmes, aux autres et au monde, que l’on peut décrire ainsi : avoir soif de rencontres, face to face, en vis-à-vis.

Quand on recherche l’origine du mot anglais face, on tombe sur la racine latine faciès, qui se traduit par aspect, apparence, forme. D’une manière figurative, ce mot désigne aussi la face ou le visage. En ce sens, la face montre – et plus encore est – notre personnalité. « I am my face », du moins lorsque je ne me cache pas derrière un masque ou une façade, ou derrière la surface standardisée et (parfois) superficielle de mon profil Facebook.

Une courte exploration de la langue française nous montre combien de locutions ont pour thème la face et le visage. « On peut lire sur ton visage comme dans un livre ». « Perdre la face », expression qui évoque la douloureuse situation de ceux qui se perdent et qui n’osent plus se voir « en face », ni regarder les autres dans les yeux. « Faire face» nous parle des ces petits et grands héros du quotidien qui, dans les situations difficiles de la vie, n’abandonnent pas ce qui leur tient à cœur. « Montrer son vrai visage », se donner à (re)connaître, décrit un acte intime de révélation de soi qui dépasse la peur d’être accaparé par les autres et la gêne qui naît lorsque ce qui est à voir ne correspond pas au Soi idéal. « Sauver la face » témoigne de toutes ces tentatives, la plupart infructueuses, pour dissimuler la honte et faire contre mauvaise fortune bon cœur. « Comme une gifle en plein visage » s’utilise pour désigner ces événements qui affectent la personne en profondeur et menacent de la détruire.

Les versions françaises et allemandes de notre thème d’année – vis-à-vis, von Angesicht zu Angesicht – nous révèlent que les yeux sont en fait le centre du visage : ce n’est pas un hasard si, en allemand, le terme « Gesichtssinn » évoque la capacité de voir. Avec nos yeux, nous percevons le monde et envoyons également des signaux vers l’extérieur. « Baisser les yeux », c’est signifier à autrui que nous ne sommes pas disponibles ou que nous ne voulons pas dévoiler notre jeu. Les yeux sont à la fois le miroir de l’âme et une fenêtre vers l’extérieur, comme le thématisent de nombreux poèmes. Les amoureux n’auront pas besoin de plus amples explications ! Chacun de nous ne peut – et n’a pu – grandir que sous le regard bienveillant et aimant d’autrui. Ce regard, nous l’avons tout d’abord rendu à nos proches durant notre développement – face à face – avant de pouvoir l’offrir à d’autres. Qui n’a jamais fait l’expérience d’un tel regard trouve difficilement une place dans le monde.

L’idée selon laquelle nous ne devenons pleinement ce que nous sommes que dans la rencontre face à face avec d’autres occupe une place centrale dans le concept de « vie dialogale » cher au philosophe juif Martin Buber. « Je m’accomplis au contact du tu, je deviens je en disant tu.
Toute vie réelle est une rencontre». Le devenir humain s’accomplit dans la rencontre avec les autres, dans une attitude directement et radicalement orientée vers le tu. Pour Buber, la « vie réelle » est synonyme d’une vie véritablement vivifiante et épanouie, ce qui se traduit en termes bibliques par la « vie en abondance ».

À cette « vie réelle » dont parle Buber s’oppose ce qu’on appelle aujourd’hui la « second life », la vie dans les mondes virtuels (Internet, réseaux sociaux, etc.) qui influence de plus en plus notre existence sociale. Facebook contribue très certainement à établir des liens entre les personnes. Mais il ne s’agit là ni plus ni moins que d’un moyen. Un « ami » sur Facebook n’est pas à confondre avec un « ami réel » ; de même, le nombre de mes amis sur Facebook n’est pas un indice probant pour savoir si je suis de facto seul ou pas. On peut facilement s’empêtrer et se perdre dans ces réseaux virtuels, tout en se laissant duper par une fiction de sociabilité. Un véritable vis-à-vis – face to face – ne peut se résumer aux seuls « amis » des réseaux sociaux. Soit dit en passant, le mouvement de révolution en Égypte a pris toute son ampleur lorsque les forces au pouvoir ont décidé de couper l’accès à Internet et aux communications électroniques. Alors que les réseaux sociaux comme Twitter ont contribué dans un premiers temps – en tant que moyens ! – à faire émerger l’insurrection, c’est la coupure de ces modes virtuels de communication qui a paradoxalement permis à la révolution d’aboutir. Une activiste égyptienne explique que les gens ont dû sortir de chez eux pour rencontrer d’autres personnes qui, elles aussi, n’avaient plus accès à internet ; et ce sont ces communications directes qui ont amené tout un peuple à se mobiliser.

« Face to face » est donc un appel à sortir (de soi), un appel à tenter l’aventure des contacts réels et à oser vivre en direct. Voilà ce à quoi notre thème d’année aimerait nous inviter : parcourir le monde les yeux grand ouverts et non avec des œillères baissées, regarder derrière les masques et les préjugés, nous laisser interpeller par la présence des autres, nous laisser émouvoir par leur détresse, oser nous montrer tels que nous sommes, avec toutes nos imperfections.

Le théologien Fulbert Steffensky écrit: „Ce n’est pas seulement un devoir envers nous-mêmes d’avoir des contours et un visage. C’est aussi un devoir envers les autres d’être visibles et reconnaissables. Ils doivent savoir à qui ils ont à faire et ce en quoi nous croyons. La base d’un dialogue est de ne pas cacher sa propre vérité et sa propre conception de la vie. » Selon moi, ceci vaut tout particulièrement pour le dialogue pédagogique, pour la rencontre entre adultes et enfants/jeunes, que ce soit à la maison ou à l’école. Les adolescents ont le droit d’être confrontés à des adultes authentiques qui acceptent de montrer leur « vrai visage ». Notre thème d’année, du point de vue de la rencontre pédagogique, pourrait se formuler ainsi : devenir visibles, en tant qu’adultes, et soigner ce regard bienveillant qui perçoit en l’autre les possibilités d’un développement.

Je terminerai ces réflexions par un petit aperçu théologique. Mon moteur de recherche me livre presque 400 occurrences du mot « face » dans la Bible. La « face de Dieu », une image anthropomorphique pour parler de lui, reste cachée aux humains. Ceux-ci n’ont ni les capacités ni la permission de s’ériger des images de Dieu, c’est-à-dire d’exercer sur lui une quelconque mainmise. Dieu reste un mystère, même si – dans la foi chrétienne – il s’est rendu visible en la personne de Jésus-Christ. Dans la demande du psalmiste, « Ne me cache pas ta Face !» (Ps 27), ainsi que dans la bénédiction d’Aaron, « Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage ! » (Nb 6, 24-27), nous retrouvons le désir des Hommes d’être vus et reconnus par Dieu, le désir aussi de se (re)trouver eux-mêmes dans cette expérience de la présence divine, dans la rencontre avec le Tout Autre. « Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai vraiment, comme Dieu m'a connu » (1 Cor 13,12).

À celles et ceux pour qui ces considérations sont trop abstraites, je propose quelques pistes pour la vie en communauté scolaire : ouvrons les yeux, posons (mutuellement) sur nous un regard nouveau, réjouissons-nous de la surprenante « étrangeté » des autres et osons la rencontre.

Pour l’équipe d’aumônerie,
C. Fabian
(Adaptation française : R. Weickmans)

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